Né à Marseille en 1975, Guillaume Chamahian vit la majeure partie de son enfance dans les quartiers Nord de la ville. C’est dans un environnement essentiellement constitué de béton, marqué par l’aridité du fonctionnalisme, le dépouillement décoratif et les ossatures des HLM qu'il ressent ses premières impressions esthétiques marquantes. Il voit son pére de sang pour la première fois sur une photographie en noir et blanc à l'esthétique trés seventies. Il n'a alors que 6 ans.

À l’âge de 15 ans, lors d’un voyage en Grèce, Guillaume expérimente l’art de capter ce qui l’entoure grâce à un appareil photo jetable noir et blanc trouvés sur un banc près de l’Acropole. Loin d’attarder son regard sur les ruines de la cité antique, il se concentre spontanément sur l’atmosphère et le paysage urbains. Les mouches grouillant sur les tas d’ordures et les prostitués en manteau de fourrure pavoisant les rues d’Athènes en plein été constituent ses principaux sujets. Ce sera ces premières et dernières images en noir et blanc.

Son premier véritable appareil photographique lui est offert à l’âge de 18 ans par le père de sa petite amie de l’époque, lui-même photographe professionnel pour une célèbre marque de jambon. Cet homme passionné et pédagogue tente alors de lui transmettre son savoir-faire. Par malheur la confiance se rompt lorsque ce dernier apprend que sa fille âgée de 15 ans est en réalité la maîtresse de Guillaume et que son jeune élève la photographie régulièrement nue, passablement maquillée comme une pute.

À 18 ans, l’entrée aux Beaux arts de Marseille lui permet à de découvrir un éventail très large de pratiques et de conceptions artistiques. Doté d’un esprit de fainéantise déjà fort aiguisé et uniquement encouragé par un professeur de photographie alcoolique et dépressif, il sait désormais que la photographie l’accompagnera toute sa vie. Il y passera seulement une année.

Durant les quinze années qui suivent cette révélation, il photographie ce qui l’entoure durant ses nombreux voyages à travers le monde et les femmes qu’il a aimées comme une nécessité. Mais l’acte photographique est cyclique et il n’est pas rare que huit mois se passent sans qu’il ne touche son appareil. Il oscille entre l'image, la peinture, l'écriture.

Sa démarche photographique alimentée par des expériences hors normes et des moments intimistes ne lui permet pas encore d’entrevoir sérieusement une carrière professionnelle en tant que photographe. Les images qu’il produit avec obsession l’entourent et l’interrogent tandis qu’il travaille successivement en tant que professeur de skate, dealer, designer dans le streetwear, créateur de mobilier, vendeur de bijoux, brocanteur, DJ, fondateur d'un sound system techno qui parcours l'Europe, barman…

D'abord intéressé par la ville en elle même, sa structure et la manière dont ces habitants évoluent dans l'espace, aujourd’hui la démarche photographique de Guillaume Chamahian est désormais affirmée. L'eschatologie, en somme l'étude de la fin des hommes et du monde est un théme obsessionnel chez lui. Il s’attache en particulier à jouer de la tragédie humaine sur fond d’esthétisme. Si le souci plastique dans la fabrication de l’image semble l’emporter sur la position philosophique, il presse pourtant le spectateur à s’interroger sur le sens profond d’un va et vient constant de l'humanité entre construction et destruction. Les habitations en déliquescence, les immeubles entiers abandonnés, les tours de béton en cours de construction affichant des dimensions démesurées signe d’une imprudence et d’un orgueil évident.

Guillaume photographie les traces de l’absurdité d’un affrontement: celui d'une nature qui reprend constamment le dessus sur les fragiles intentions de l’homme et de l'homme contre l'homme. Dans ses images, l’homme créateur/destructeur n’est déjà plus là. Ces photographies aux atmosphères inquiétantes prennent dans leur succession la valeur d’un état des lieux de ce monde avant ou après le chaos...a vous de voir!